Courir vers le Ressuscité

Courir vers lui, ce n'est pas multiplier les activités religieuses. C'est répondre chaque jour à son invitation. C'est ouvrir la Parole de Dieu avec le désir de l'écouter. C'est prendre du temps dans la prière. C'est recevoir les sacrements avec un cœur disponible. C'est demeurer fidèle lorsque la foi est éprouvée. C'est choisir l'espérance quand le découragement voudrait s'imposer.

Le matin de Pâques, deux disciples se mettent à courir vers un tombeau. Cette scène est si connue qu’on risque de passer à côté de ce qu’elle révèle vraiment. Pourquoi Jean court-il ? Est-ce seulement parce qu’il veut savoir ce qui est arrivé au corps de Jésus ? Ou bien cette course est-elle l’aboutissement d’un long chemin de formation vécu auprès du Maître ?

Dans la session Jean, la formation du disciple, cette scène prend une profondeur particulière. Jean n’est pas présenté comme un héros isolé, mais comme le modèle du disciple que Jésus a patiemment façonné. Son itinéraire devient le miroir de celui que chaque chrétien est appelé à vivre. Jésus a transformé un homme avec ses qualités, ses limites et son tempérament en un disciple capable de reconnaître la vie là où d’autres ne voient encore que la mort. C’est précisément ce que nous contemplons au matin de la résurrection.

Un disciple ne naît pas au matin de Pâques

Lorsque Marie Madeleine annonce que la pierre a été roulée et que le tombeau est vide, Jean se met immédiatement à courir. Pourtant, cette course ne commence pas ce matin-là. Elle a commencé plusieurs années auparavant, le jour où Jésus l’a appelé.

Depuis cet appel, Jean a vécu une véritable école du discipulat. Il a appris à quitter ses certitudes pour suivre le Maître. Il s’est assis à ses pieds pour l’écouter. Il a découvert qu’être disciple ne consiste pas seulement à admirer Jésus, mais à vivre avec lui, à accueillir sa Parole et à laisser cette Parole transformer toute son existence. La session rappelle que le disciple est appelé par son Maître, demeure auprès de lui, l’écoute, croit en lui jusque dans l’épreuve et le suit jusqu’à la croix.

Autrement dit, Jean ne devient pas disciple parce qu’il voit le tombeau vide. Il est capable de comprendre le signe du tombeau vide parce qu’il est déjà disciple.

La formation précède toujours la mission

Cette distinction est essentielle. Nous aimerions souvent être utiles au Seigneur, annoncer l’Évangile, servir dans notre communauté ou porter du fruit. Mais Jésus commence ailleurs. Avant de confier une mission, il forme une personne.

C’est l’un des grands enseignements de la session Jean : on est d’abord disciple avant d’être apôtre. Être précède toujours faire. Les apôtres eux-mêmes sont d’abord des disciples qui ont appris à vivre avec leur Maître avant d’être envoyés vers les autres.

Jean n’est donc pas simplement un homme rapide. Il est un homme préparé. Chaque parole entendue, chaque miracle contemplé, chaque moment partagé avec Jésus a façonné son regard. Même la douleur de la croix fait partie de cette formation. Le disciple n’apprend pas seulement dans les jours de lumière. Il grandit aussi dans les heures où tout semble perdu.

Celui qui est resté au pied de la croix peut courir vers le tombeau

Quelques jours auparavant, Jean se trouvait au pied de la croix. Beaucoup avaient fui. Lui était resté. Cette fidélité n’était pas seulement un geste de courage. Elle révélait déjà la qualité de sa relation avec Jésus.

Le disciple bien-aimé n’a pas quitté son Maître lorsque tout semblait s’écrouler. Il a accepté de traverser le scandale de la croix sans renier celui qu’il suivait. Cette fidélité prépare déjà la foi de Pâques.

Celui qui demeure avec Jésus dans la nuit apprend peu à peu à reconnaître son œuvre dans l’aube. Il découvre que Dieu continue d’agir même lorsque tout paraît silencieux.

Voilà pourquoi le disciple ne désespère jamais complètement. Il peut être bouleversé, déstabilisé, découragé même, mais il demeure attaché à son Maître. Cette fidélité devient le terreau où pourra naître une foi plus profonde.

Le disciple apprend à reconnaître les signes

Lorsque Jean arrive au tombeau, il ne voit pas encore Jésus ressuscité. Il voit simplement des linges déposés à leur place. Pour beaucoup, cela ne prouverait rien. Pourtant, chez Jean, quelque chose se met en mouvement.

Pourquoi ? Parce que le disciple a été formé à regarder autrement.

Durant toute sa vie publique, Jésus n’a cessé d’éduquer le regard de ses disciples. Les miracles n’étaient jamais de simples prodiges destinés à impressionner les foules. Ils étaient des signes qui révélaient peu à peu qui était réellement Jésus. Les paraboles demandaient elles aussi un regard nouveau. Même la croix, qui semblait annoncer un échec définitif, allait devenir le signe suprême de l’amour de Dieu.

Le disciple apprend ainsi à ne pas s’arrêter aux apparences. Il cherche le sens profond des événements. Il laisse les paroles de Jésus éclairer ce qu’il voit. Peu à peu, son regard devient un regard de foi.

Le disciple apprend à reconnaître les signes.

« Il vit et il crut »

L’Évangile de saint Jean résume ce moment par une phrase d’une extraordinaire sobriété : « Il vit et il crut. »

Cette foi n’apparaît pas comme un éclair tombé du ciel. Elle est le fruit d’un long compagnonnage avec Jésus. Le disciple reconnaît dans le tombeau vide l’accomplissement de tout ce que son Maître lui avait annoncé.

La session Jean insiste justement sur cette transformation progressive du disciple. Jésus prend un homme avec ses ombres et ses lumières, comme de l’argile entre les mains du potier, et le façonne jusqu’à ce qu’il devienne capable de voir avec les yeux de Dieu. Si Jésus a pu faire de Jean le disciple bien-aimé, il peut accomplir la même œuvre avec toi.

La foi chrétienne ne consiste donc pas seulement à accumuler des connaissances morales ou religieuses. Elle consiste à laisser Jésus transformer notre manière de voir, jusqu’à reconnaître sa présence même lorsque tout semble contredire son action.

Courir sans chercher la première place

Un détail de l’Évangile mérite toute notre attention. Jean arrive le premier au tombeau. Pourtant, il ne s’y précipite pas. Il attend Pierre et le laisse entrer avant lui.

Cette attitude est profondément révélatrice. Jean n’est pas en compétition avec les autres disciples. Sa rapidité ne devient jamais un motif de supériorité. Il comprend que la foi n’est pas une course pour savoir qui arrivera le premier, mais un chemin vécu en communion.

Le disciple bien-aimé possède une grande proximité avec Jésus, mais cette intimité ne l’amène jamais à mépriser les autres. Au contraire, elle le rend plus humble. Plus nous nous approchons du Christ, moins nous éprouvons le besoin de nous comparer.

Voilà une leçon précieuse pour toute communauté chrétienne. Certains comprennent plus rapidement, d’autres avancent plus lentement. Certains reçoivent des responsabilités particulières, d’autres exercent un service plus discret. Pourtant, tous appartiennent au même Seigneur. Le véritable disciple se réjouit de voir grandir ses frères plutôt que de défendre sa propre place.

Le Ressuscité achève l’œuvre commencée

Tout au long de sa vie publique, Jésus a façonné Jean. Il l’a appelé, corrigé, enseigné, encouragé, conduit dans les moments de lumière comme dans les heures d’épreuve. Mais cette formation n’était pas une fin en elle-même.

Le matin de Pâques révèle le fruit de tout ce travail patient. Jean est désormais capable de croire avant même d’avoir reçu toutes les explications. Il comprend que les promesses de Jésus ne se sont pas arrêtées au Golgotha. La mort n’a pas eu le dernier mot.

Le discipulat conduit toujours à cette découverte : Jésus est vivant. Tant que cette vérité demeure une simple idée, la foi reste fragile. Mais lorsqu’elle devient une rencontre personnelle avec le Christ ressuscité, toute la vie prend une direction nouvelle.

C’est pourquoi la résurrection n’est pas seulement un événement du passé. Elle est une réalité qui transforme encore aujourd’hui ceux qui acceptent de marcher avec le Seigneur. Le disciple découvre progressivement que Jésus continue d’agir, de parler, de guider et de former son peuple.

Voir le Ressuscité change la manière de vivre

Après Pâques, Jean ne sera plus le même homme. Les difficultés ne disparaîtront pas. Les persécutions viendront. L’Église connaîtra des épreuves. Pourtant, une certitude habitera désormais son cœur : le Christ est vivant.

Cette conviction change tout.

Le disciple n’annonce plus seulement un enseignement. Il témoigne d’une personne vivante. Il ne transmet pas seulement des valeurs. Il annonce Celui qui a vaincu le péché et la mort. Son espérance ne repose plus sur les circonstances, mais sur la présence du Ressuscité.

C’est pourquoi les premiers disciples ont pu affronter tant d’épreuves avec courage. Ils n’avaient pas seulement entendu parler de Jésus. Ils l’avaient rencontré vivant.

Le disciple devient témoin

La session Jean rappelle que la vocation première est d’être disciple. Mais cette vocation ouvre naturellement sur une mission. Celui qui a rencontré le Christ vivant ne peut garder cette joie pour lui-même.

Le témoignage ne naît donc pas d’une obligation. Il naît d’une rencontre. Lorsque le cœur est rempli de la présence du Ressuscité, il devient naturel de parler de lui, de servir, d’aimer et d’inviter d’autres personnes à marcher à sa suite.

Voilà pourquoi Jésus ne demande pas seulement à ses disciples d’apprendre. Il les forme afin qu’ils puissent, à leur tour, conduire d’autres personnes jusqu’à lui.

Cette logique traverse toute la session : le disciple devient apôtre, puis il aide d’autres à devenir disciples. Ainsi se poursuit l’œuvre commencée par Jésus.

Une course qui continue aujourd’hui

La scène du tombeau vide ne concerne pas uniquement les premiers disciples. Elle rejoint chaque chrétien. Nous sommes tous appelés à courir vers le Ressuscité, chacun à notre manière.

Courir vers lui, ce n’est pas multiplier les activités religieuses. C’est répondre chaque jour à son invitation. C’est ouvrir la Parole de Dieu avec le désir de l’écouter. C’est prendre du temps dans la prière. C’est recevoir les sacrements avec un cœur disponible. C’est demeurer fidèle lorsque la foi est éprouvée. C’est choisir l’espérance quand le découragement voudrait s’imposer.

Peu à peu, cette fidélité transforme notre regard. Nous commençons à reconnaître les signes de l’action de Dieu dans notre vie, dans notre famille, dans notre communauté et dans le monde. Nous découvrons que le Christ ressuscité est déjà à l’œuvre, souvent d’une manière discrète, mais toujours fidèle.

Le véritable miracle

Le plus grand miracle du matin de Pâques n’est peut-être pas que le tombeau soit vide. Le plus grand miracle est la transformation des disciples eux-mêmes.

Des hommes qui avaient peur deviennent des témoins courageux. Des disciples encore hésitants deviennent des annonciateurs de l’Évangile. Des personnes ordinaires deviennent des instruments entre les mains de Dieu.

Cette transformation est encore possible aujourd’hui. Jésus continue de prendre des hommes et des femmes avec leurs qualités, leurs limites, leurs blessures et leurs fragilités. Comme il l’a fait avec Jean, il les façonne patiemment afin qu’ils deviennent des disciples capables de reconnaître sa présence et de la faire connaître.

Courir jusqu’à devenir un disciple qui fait grandir d’autres disciples

La course de Jean ne s’arrête pas au tombeau vide. Elle se poursuit toute sa vie. Le disciple bien-aimé consacrera désormais son existence à annoncer le Christ vivant et à former les croyants qui lui seront confiés.

C’est aussi la finalité du discipulat. Jésus ne forme pas des disciples pour eux-mêmes. Il les prépare à participer à son œuvre. La mission est de faire grandir d’autres disciples, qui formeront à leur tour d’autres disciples, afin que le Royaume de Dieu continue de s’étendre dans le temps et dans l’espace.

Le matin de Pâques, Jean court vers un tombeau. Il en repart avec une foi nouvelle. Cette foi transformera toute son existence.

Nous aussi, le Christ ressuscité nous attend. Il nous appelle à quitter nos peurs, nos certitudes et nos découragements pour courir vers lui. Plus nous apprenons à vivre comme des disciples, plus notre regard se transforme. Et lorsque nous découvrons que Jésus est véritablement vivant, notre vie devient, à son tour, un témoignage qui conduit d’autres personnes jusqu’à lui.

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