Créer une culture de leadership missionnaire

Une Église missionnaire ne peut pas reposer sur quelques personnes indispensables. À l’exemple de Moïse qui forme Josué, elle doit reconnaître de nouveaux leaders, leur faire confiance et les préparer à prendre le relais.

Écrit par

Luc Labrecque

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Une Église missionnaire ne peut pas reposer sur quelques personnes indispensables. À l’exemple de Moïse qui forme Josué, elle doit reconnaître de nouveaux leaders, leur faire confiance et les préparer à prendre le relais.
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Il y a une différence assez importante entre avoir de bons leaders dans une communauté et avoir une communauté qui produit des leaders.

Dans le premier cas, on peut être chanceux. Une personne particulièrement douée arrive, prend des responsabilités, rassemble les gens, lance des projets et fait avancer les choses. Tout va bien.

Jusqu’au jour où elle part.

Et là, tout s’arrête.

On découvre alors que cette personne avait peut-être exercé un excellent leadership, mais que nous n’avions pas nécessairement développé une culture de leadership missionnaire.

Une culture de leadership existe lorsque la formation de nouveaux leaders ne dépend plus seulement de l’initiative d’une personne. Elle devient une manière normale de vivre la mission. Les responsables cherchent naturellement qui accompagner. Ils donnent de vraies responsabilités. Ils permettent aux autres d’essayer, d’apprendre, de se tromper et de grandir.

Et surtout, ils savent qu’un jour viendra où ils devront eux-mêmes passer le relais.

Le missionnaire meurt. La mission continue.

Cette phrase résume peut-être une bonne partie du problème.

Nous pouvons consacrer énormément d’énergie à démarrer quelque chose : une activité, un groupe, une formation, un ministère, une œuvre d’évangélisation.

Mais qu’arrivera-t-il lorsque nous ne serons plus là?

La question n’est pas très agréable. Elle est pourtant essentielle.

Moïse avait reçu une mission immense : libérer Israël de l’esclavage et conduire le peuple vers la Terre promise. Mais Moïse n’y entrera pas.

Il aurait pu considérer cela comme un échec.

Il fait autre chose.

Il forme Josué.

Autrement dit, Moïse comprend que la réussite de sa mission ne dépend pas nécessairement du fait qu’il soit personnellement celui qui franchira la ligne d’arrivée. Ce qui compte, c’est que la mission arrive à destination.

Ça change beaucoup de choses dans notre manière de concevoir le leadership.

Le véritable enjeu n’est plus : « Comment puis-je devenir indispensable? »

Il devient : « Qui pourra continuer lorsque je ne serai plus là? »

Former son successeur avant d’en avoir besoin

On pourrait évidemment attendre qu’un responsable annonce son départ avant de commencer à chercher quelqu’un pour le remplacer.

C’est généralement une très mauvaise idée.

La formation d’un leader demande du temps.

Josué ne reçoit pas un petit cours accéléré de leadership trois semaines avant la mort de Moïse. Il marche avec lui pendant des années. Il l’observe. Il sert. Il combat. Il reçoit des responsabilités. Il apprend dans ce que le parcours de Josué nous présente comme un immense laboratoire de formation : la vie elle-même.

C’est probablement une des choses que nous avons le plus de difficulté à reproduire dans nos communautés.

Nous formons facilement des gens pour accomplir des tâches. Voici comment ouvrir la salle. Voici comment animer la rencontre. Voici comment utiliser le projecteur. Voici le document à suivre.

Former un leader demande davantage.

Il faut lui permettre de comprendre pourquoi nous faisons les choses. Il faut lui transmettre une vision. Lui confier progressivement des responsabilités. L’accompagner lorsqu’il se trompe. Écouter ses idées. Le laisser développer son propre charisme.

Et éventuellement, il faut se retirer suffisamment pour qu’il puisse réellement prendre sa place.

Un leader n’est pas un clone

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Parce que lorsqu’on forme quelqu’un, on peut être tenté de penser que la preuve de notre réussite sera qu’il fera exactement les choses comme nous.

Mais une communauté de leaders n’est pas une photocopieuse.

Nous n’avons pas tous les mêmes dons, la même personnalité, la même manière de communiquer ou la même façon de discerner.

L’image de l’orchestre utilisée dans la session Josué est particulièrement parlante. Un orchestre ne devient pas meilleur en remplaçant tous ses instruments par des violons. Il devient capable de jouer une symphonie précisément parce que les instruments sont différents.

Il en va de même dans l’Église.

Certains voient loin. D’autres savent organiser. Certains accompagnent merveilleusement les personnes. D’autres enseignent. Certains savent mobiliser une équipe. D’autres discernent des possibilités que personne n’avait remarquées.

Le défi n’est pas de rendre tout le monde identique.

Le défi est de permettre à chacun de jouer sa partie.

Jésus n’a pas construit sa mission autour d’un homme seul

Si quelqu’un avait pu tout faire seul, on pourrait raisonnablement penser que Jésus aurait été un excellent candidat.

Pourtant, ce n’est pas la stratégie qu’il choisit.

Jésus forme une communauté.

Il appelle des disciples, marche avec eux, les enseigne, les corrige, leur fait confiance et les envoie. Il ne construit pas seulement une foule autour de lui. Il prépare des personnes qui pourront poursuivre sa mission.

Et ces personnes sont loin d’être parfaites.

C’est peut-être rassurant.

Le leadership chrétien ne consiste donc pas à trouver douze personnes parfaitement formées avant de leur confier quoi que ce soit. La formation se produit justement en marchant, en servant et en portant progressivement la mission.

Une culture de leadership missionnaire apparaît lorsqu’une communauté commence à fonctionner de cette manière.

On ne cherche plus seulement des bénévoles pour remplir des cases.

On cherche des personnes à faire grandir.

Arrêter de chercher seulement des bénévoles

La nuance peut sembler petite. Elle est énorme.

Quand nous avons besoin de bénévoles, nous partons de notre besoin :

« J’ai une tâche. Qui peut la faire? »

Quand nous formons des leaders, nous commençons aussi à regarder la personne :

« Qu’est-ce que Dieu a déposé en elle? Jusqu’où pourrait-elle aller si quelqu’un lui faisait confiance? »

Évidemment, les tâches demeurent nécessaires. Il faut bien que quelqu’un installe les chaises, prépare les rencontres, accueille les gens ou anime une activité.

Mais ces responsabilités peuvent devenir des lieux de formation.

Une petite responsabilité peut en préparer une plus grande.

Une personne qui accueille aujourd’hui peut coordonner une équipe demain. Quelqu’un qui participe à une formation peut devenir formateur. Un membre d’une équipe peut éventuellement en prendre la responsabilité.

Encore faut-il que quelqu’un regarde cette personne et voie ce qu’elle pourrait devenir.

Moïse a regardé Josué de cette manière.

Moïse ne prépare pas seulement Josué à accomplir une tâche : il l’aide à devenir le leader capable de poursuivre la mission après lui. Former un leader, c’est parfois voir en quelqu’un ce qu’il ne voit pas encore lui-même.

Le leadership doit pouvoir circuler

Il y a une autre image étonnante dans l’enseignement sur le leadership : celle des oies en vol.

Les oies qui migrent en formation ne gardent pas constamment le même individu à l’avant. La position de tête demande davantage d’effort. Elles alternent.

Le leadership peut lui aussi circuler.

Ça ne signifie pas que toutes les responsabilités doivent changer chaque mardi matin. Ça signifie plutôt que nous devons cesser de penser qu’une responsabilité nous appartient.

Nous la recevons pour un temps.

Le manuel Josué va jusqu’à présenter cette rotation comme quelque chose qui devrait devenir normal dans l’Église : notre leadership est temporaire, et cette réalité devrait nous pousser à préparer ceux qui viendront après nous.

Cette manière de penser demande une certaine liberté intérieure.

Il faut être capable de voir quelqu’un prendre notre place sans avoir l’impression qu’il nous vole quelque chose.

Il faut même pouvoir souhaiter qu’il fasse mieux.

Une communauté de bergers plutôt qu’un berger entouré de brebis

Voilà probablement l’image qui résume le mieux toute cette série.

Nous imaginons facilement le bon leader comme un berger entouré d’un grand troupeau. Plus il y a de brebis derrière lui, plus son leadership semble impressionnant.

Mais le modèle proposé par Josué renverse cette logique.

La stature d’un leader ne se mesure pas d’abord au nombre de personnes qui le suivent. Elle se manifeste dans sa capacité à faire émerger et à encourager une communauté de bergers.

C’est beaucoup plus exigeant.

Une brebis suit.

Un berger doit apprendre à conduire.

Et si nous voulons réellement une Église missionnaire, nous avons besoin des deux. Nous avons besoin de disciples qui grandissent, mais nous avons aussi besoin que certains de ces disciples deviennent capables d’accompagner, de former et d’envoyer d’autres personnes.

Autrement, la multiplication s’arrête.

La meilleure méthode ne remplacera jamais l’Esprit Saint

Évidemment, tout cela pourrait rapidement devenir une méthode.

On pourrait construire un programme de détection des leaders, établir des étapes, créer des outils d’évaluation, prévoir un parcours de mentorat et sortir un magnifique tableau Excel.

Tout cela pourrait même être utile.

Mais à la fin de sa vie, Josué revient à quelque chose de beaucoup plus fondamental.

Il invite le peuple à demeurer attaché au Seigneur et fidèle à sa Parole.

Le message est assez clair : les méthodes ont leur place, mais elles ne sont pas la source du leadership chrétien.

Paul VI exprimera la même conviction à propos de l’évangélisation : « Les techniques d’évangélisation sont bonnes mais les plus perfectionnées ne sauraient remplacer l’action discrète de l’Esprit. ».

C’est une mise en garde importante pour nous qui aimons les stratégies, les programmes et les plans pastoraux.

Une culture de leadership missionnaire ne se fabrique pas uniquement avec une méthode.

Elle se cultive dans une communauté qui écoute la Parole de Dieu, demeure disponible à l’Esprit Saint, reconnaît les charismes et accepte de confier de vraies responsabilités.

« Ma famille et moi servirons le Seigneur »

Josué est maintenant vieux.

Le jeune homme qui avait marché derrière Moïse a traversé le désert. Il a franchi le Jourdain. Il a vu tomber Jéricho. Il a mené des combats, connu des victoires, pris des décisions et conduit le peuple jusqu’à la Terre promise.

Et maintenant, son temps comme leader arrive à sa fin.

Il rassemble le peuple à Sichem.

Il ne termine pas sa vie en disant : « Regardez tout ce que j’ai accompli. »

Il appelle plutôt le peuple à choisir qui il veut servir.

Et il fait lui-même son choix :

« Moi et ma maison, nous servirons le Seigneur. »

Voilà peut-être la meilleure manière de terminer une réflexion sur le leadership.

Le poste peut finir.

La responsabilité peut être confiée à quelqu’un d’autre.

Un autre peut prendre le bâton.

Mais le service, lui, continue.

Passer le relais

Nous avons commencé cette série en parlant de leaders. Nous pourrions être tentés de la terminer en essayant de devenir de meilleurs leaders.

Ce serait déjà bien.

Mais ce ne serait pas suffisant.

La grande leçon de Josué est ailleurs.

Quelqu’un a cru en Moïse. Moïse a formé Josué. Josué a conduit le peuple et a dû, lui aussi, préparer la suite. Jésus a formé ses apôtres. La mission est arrivée jusqu’à nous parce que, génération après génération, quelqu’un a accepté de recevoir le relais et de le transmettre.

Nous l’avons maintenant entre les mains.

La question n’est donc plus seulement de savoir si nous sommes de bons leaders.

La vraie question est beaucoup plus dérangeante :

si nous quittions notre responsabilité demain, qui serait prêt à prendre le relais?

Si la réponse est « personne », nous savons probablement où commence notre prochaine mission.

Former cette personne.

C’est précisément la vision portée par Nous sommes André : ne pas seulement former des disciples ou des responsables compétents, mais faire émerger des leaders capables d’en former d’autres à leur tour.

Les Écoles d’évangélisation Saint-André veulent servir cette dynamique de transmission afin que la mission ne repose jamais uniquement sur quelques personnes indispensables.

Parce qu’un jour, chacun de nous devra passer le relais.

Et si nous avons bien fait notre travail, la mission continuera sans nous.

Cet article peut servir à votre équipe

Luc Labrecque

Luc Labrecque est un laïc consacré à la nouvelle évangélisation. Il est répondant national des Écoles d’Évangélisation Saint-André pour l’Afrique et accompagne de nombreuses communautés en Europe, au Canada et sur le continent africain.

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