Deux bûcherons décident de faire un concours. Pendant une semaine, chacun devra couper le plus grand nombre d’arbres possible. Dès le premier jour, les deux hommes travaillent avec enthousiasme. Mais rapidement, une différence intrigue Pierre. Chaque midi, Jean disparaît pendant deux heures dans sa cabane. Pourtant, malgré ces longues pauses, il coupe toujours davantage d’arbres que son compagnon.
À la fin de la semaine, Pierre, épuisé, demande enfin son secret. Jean lui répond simplement : « Je n’allais pas me reposer. J’allais affiler ma hache. »
Cette parabole ouvre la session Jean, la formation du disciple. Elle n’est pas un simple exercice d’introduction. Elle résume toute la pédagogie de Jésus. Avant de vouloir produire davantage, il faut devenir davantage. Avant de chercher l’efficacité, il faut accepter d’être transformé. Avant de porter du fruit, il faut laisser le Maître affiler notre vie.
Voilà pourquoi la mission chrétienne commence toujours par le discipulat. Jésus ne cherche pas d’abord des personnes occupées. Il cherche des hommes et des femmes qui acceptent de devenir ses disciples.
Le plus grand investissement de Jésus
Lorsque nous lisons les Évangiles, un fait surprenant apparaît. Jésus parle à des foules immenses, mais il investit l’essentiel de son temps auprès d’un petit groupe de disciples. À première vue, cette stratégie peut sembler inefficace. Pourquoi consacrer autant d’énergie à quelques personnes alors que des milliers attendent de l’entendre ?
La réponse se trouve dans le projet même de Dieu. Jésus n’est pas venu seulement annoncer une Bonne Nouvelle. Il est venu former des disciples capables de poursuivre son œuvre après son retour auprès du Père.
La session Jean rappelle avec force que le programme des Écoles d’Évangélisation Saint-André poursuit exactement cette vision. Son objectif est de former de nouveaux évangélisateurs, mais pour devenir d’authentiques apôtres, il faut d’abord devenir de véritables disciples de Jésus. La mission d’évangéliser est la conséquence de notre vocation de disciple.
Cette logique renverse notre manière de penser. Nous demandons souvent : « Que puis-je faire pour Dieu ? » Jésus commence par une autre question : « Acceptes-tu de vivre avec moi pour que je te transforme ? »
On est d’abord disciple, ensuite apôtre
Le manuel résume cette vérité en une phrase qui traverse toute la session : on est d’abord disciple (être), ensuite apôtre (faire). Les apôtres sont choisis parmi les disciples.
Cette distinction est essentielle. Notre époque valorise l’action, les résultats, les projets et l’efficacité. Même dans l’Église, nous pouvons être tentés de mesurer la fécondité au nombre d’activités organisées ou de responsabilités assumées.
Jésus, lui, commence toujours par la personne.
Avant d’envoyer ses disciples annoncer le Royaume, il les appelle à demeurer avec lui. Avant de leur confier une mission, il façonne leur cœur. Avant de leur demander de porter du fruit, il les invite à apprendre son regard, son humilité, sa manière d’aimer et de servir.
Voilà pourquoi un disciple missionnaire n’est pas simplement un chrétien très actif. C’est une personne dont toute la vie devient progressivement semblable à celle du Maître.
Jean n’était pas le candidat idéal
Le choix de Jean est particulièrement révélateur. Au début de son parcours, rien ne laisse croire qu’il deviendra le disciple bien-aimé. Comme chacun de nous, il possède des qualités, mais aussi des limites, des défauts et un tempérament parfois impétueux.
La session invite d’ailleurs les participants à dresser le portrait de Jean en faisant ressortir aussi bien ses forces que ses faiblesses. La conclusion est magnifique : Jésus travaille avec cette matière première faite d’ombres et de lumières. S’il a pu faire de Jean un disciple bien-aimé, il peut accomplir la même œuvre en chacun de nous. Nous sommes comme l’argile entre les mains du potier.
Cette vérité est profondément rassurante. Jésus n’attend pas que nous soyons parfaits avant de nous appeler. Il nous appelle tels que nous sommes, puis il entreprend patiemment de nous transformer.
La mission naît d’une vie transformée
Voilà pourquoi la mission chrétienne ne consiste pas d’abord à accomplir des tâches religieuses. Elle consiste à laisser la vie du Christ transformer la nôtre, jusqu’à ce que les autres puissent reconnaître sa présence en nous.
Le manuel affirme même qu’« être disciple, ça paraît ». Ce ne sont pas d’abord nos paroles qui révèlent que nous appartenons au Christ, mais notre manière de vivre. Comme Pierre dans la cour du Grand Prêtre, le disciple finit par être reconnu parce qu’il ressemble à son Maître.
Une personne qui apprend à pardonner donne déjà la vie. Une personne qui devient plus humble donne déjà la vie. Une personne qui demeure fidèle dans l’épreuve devient déjà un témoignage vivant de l’Évangile.
La mission commence donc bien avant la prédication. Elle commence lorsque Jésus transforme notre cœur.
Pourquoi Jésus ne cherche pas seulement des bénévoles
Dans beaucoup de communautés chrétiennes, les besoins sont nombreux. Il faut des personnes pour accueillir, visiter, enseigner, organiser, célébrer, accompagner. Toutes ces tâches sont importantes.
Mais Jésus ne cherche pas seulement des bénévoles disponibles. Il cherche des disciples.
Un bénévole peut accomplir une tâche. Un disciple transmet une vie.
La différence est immense. Les activités finissent par passer. Les structures évoluent. Les projets changent. Mais lorsqu’une personne rencontre véritablement le Christ à travers un disciple, quelque chose d’éternel commence.
C’est pourquoi Jésus a consacré tant de temps à former quelques hommes. Il savait qu’un disciple authentique porterait un fruit bien plus durable qu’une multitude d’actions sans profondeur.
Donner la vie, c’est former d’autres disciples
Lorsque Jésus envoie ses disciples, il ne leur demande pas simplement de transmettre des connaissances religieuses. Il ne leur demande pas non plus de créer une organisation plus efficace. Sa mission est beaucoup plus profonde : faire des disciples.
À la fin de l’Évangile selon saint Matthieu, Jésus ne dit pas : « Allez organiser des activités » ou « Allez bâtir des institutions ». Il dit : « Allez ! De toutes les nations, faites des disciples. » Cette parole résume toute sa pédagogie. Jésus reproduit chez les autres ce qu’il a lui-même vécu avec les Douze.
Un disciple missionnaire comprend alors que sa première responsabilité n’est pas de multiplier les projets, mais de faire grandir des personnes. Chaque rencontre devient une occasion d’encourager quelqu’un à avancer d’un pas vers le Christ. Chaque service devient une possibilité d’aider une autre personne à découvrir sa vocation de disciple.
Voilà pourquoi la mission donne véritablement la vie. Elle ne cherche pas seulement à résoudre des besoins immédiats. Elle aide des hommes et des femmes à entrer dans une relation vivante avec Jésus.
La mission du disciple : former d’autres disciples
La session Jean se termine par une vision qui dépasse largement la vie d’un seul disciple. Jésus ne forme pas seulement quelques croyants fidèles. Il met en marche un mouvement appelé à traverser les générations.
Le disciple devient capable de former d’autres disciples. Ceux-ci deviennent ensuite capables de former à leur tour d’autres personnes. Peu à peu, des communautés entières sont transformées par cette dynamique de transmission.
Le manuel résume cette vision en trois étapes simples et profondément missionnaires :
- Former des disciples.
- Former des formateurs de disciples.
- Former des communautés de disciples.
C’est ainsi que le Royaume de Dieu s’étend dans le temps et dans l’espace.
Une mission qui dépasse notre propre vie
Cette perspective change complètement notre manière de voir la fécondité.
Nous pouvons parfois avoir l’impression que nos efforts portent peu de fruits. Nous voyons nos limites. Nous constatons que certaines personnes s’éloignent. Nous aimerions obtenir des résultats plus rapides.
Jésus, lui, regarde beaucoup plus loin.
Lorsqu’il forme un disciple, il voit déjà les personnes que ce disciple rejoindra un jour. Il voit les familles qui seront touchées. Les communautés qui renaîtront. Les générations qui découvriront l’Évangile grâce à une chaîne de témoins fidèles.
Le disciple missionnaire travaille donc avec une espérance qui dépasse sa propre existence. Il sème parfois sans voir toute la récolte. Il accompagne sans toujours connaître les fruits qui mûriront des années plus tard. Il fait confiance à Dieu, qui continue son œuvre bien après son propre passage.
Jean continue d’affiler sa hache
Nous revenons maintenant à la parabole des deux bûcherons qui ouvrait la session.
Le secret de Jean n’était pas de travailler davantage. Son secret était de ne jamais cesser d’affiler sa hache.
Cette image accompagne toute la vie du disciple missionnaire.
Plus une personne reçoit de responsabilités, plus elle a besoin de demeurer auprès du Maître. Plus elle accompagne d’autres personnes, plus elle doit elle-même continuer à apprendre. Plus elle annonce l’Évangile, plus elle doit laisser la Parole de Dieu transformer son propre cœur.
Le danger n’est pas de servir généreusement. Le danger est de croire que nous pouvons continuer à porter du fruit sans demeurer unis au Christ.
Le disciple missionnaire ne cesse jamais d’être disciple. Il continue chaque jour à laisser Jésus affiler son regard, purifier ses intentions, renouveler son espérance et approfondir son amour.
Jean devient le signe de ce que Dieu peut accomplir
Lorsque nous regardons l’itinéraire de Jean depuis le début de cette série, nous découvrons une véritable œuvre de transformation.
Il a été appelé. Il a appris à demeurer avec Jésus. Il a découvert son intimité. Il a laissé son regard être transformé. Il est demeuré fidèle au pied de la croix. Il a accueilli Marie. Il a couru vers le Ressuscité. Il a appris l’humilité. Il reçoit maintenant une mission.
Rien de tout cela ne s’est produit en un seul jour.
Jésus a patiemment façonné cet homme jusqu’à en faire le disciple bien-aimé.
C’est précisément la conclusion que propose la session Jean. Si Jésus a pu transformer Jean malgré ses limites, ses défauts et ses faiblesses, alors il peut accomplir la même œuvre en chacun de nous. Nous sommes tous cette argile que le Maître façonne avec patience.
Le Royaume grandit par des disciples qui forment d’autres disciples
À première vue, la stratégie de Jésus peut sembler étonnante. Pourquoi miser sur quelques disciples alors que les besoins du monde sont immenses ?
Parce que Jésus ne cherche pas seulement à répondre aux urgences d’aujourd’hui. Il construit le Royaume de Dieu pour toutes les générations.
Chaque disciple qui en accompagne un autre devient un maillon d’une longue chaîne de transmission. Ainsi, la foi ne dépend plus seulement d’une personne exceptionnelle. Elle devient une vie qui circule d’un cœur à l’autre, d’une famille à l’autre, d’une communauté à l’autre.
C’est ainsi que le Royaume grandit, souvent discrètement, mais avec une force extraordinaire.
Une invitation à entrer dans cette œuvre
Depuis le premier article de cette série, une même invitation revient sans cesse : accepter de devenir disciple de Jésus.
Aujourd’hui, cette invitation s’élargit.
Le Christ ne nous appelle pas seulement à marcher derrière lui. Il nous appelle à participer à son œuvre. Il nous envoie pour devenir des témoins de son amour, des artisans de son Royaume et des personnes capables d’aider d’autres à découvrir la joie de vivre avec lui.
Personne n’est trop pauvre pour commencer ce chemin. Personne n’est trop fragile pour être formé. Personne n’est trop ordinaire pour être envoyé.
Comme Jean, nous avons tous des ombres et des lumières. Comme Jean, nous avons besoin que Jésus continue de nous transformer. Et comme Jean, nous pouvons devenir, par la grâce de Dieu, des disciples missionnaires qui donnent la vie.
Le dernier mot : demeurer pour porter du fruit
La mission chrétienne ne consiste pas d’abord à faire davantage. Elle consiste à demeurer davantage en Jésus.
C’est en demeurant auprès du Maître que la hache reste bien affûtée. C’est en demeurant auprès du Ressuscité que le disciple trouve la force de persévérer. C’est en demeurant dans son amour qu’il devient capable d’aimer à son tour.
Alors seulement, la mission porte un fruit qui demeure.
Le disciple missionnaire ne cherche pas sa propre réussite. Il cherche à faire grandir d’autres disciples. Ceux-ci en formeront d’autres à leur tour. Des communautés naîtront. Le Royaume de Dieu continuera de s’étendre. Et la vie reçue du Christ passera de génération en génération.
C’est ainsi que Jésus poursuit aujourd’hui encore son œuvre dans le monde : non pas en cherchant des personnes parfaites, mais en formant des disciples qui, chaque jour, acceptent de laisser le Maître affiler leur cœur avant d’aller donner la vie.











